Ruben UM NYOBÈ assassiné par l’armée française en 1958

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Ruben UM NYOBÈ : Il y a 59 ans, exactement le 13 septembre 1958, la première personnalité politique du Cameroun et de l’ Afrique centrale à revendiquer l’indépendance de son pays, était assassinée par l’armée coloniale française. On l’appelait Ruben UM NYOBÈ.
Secrétaire général de l’ UPC ( Union des Populations du Cameroun ), de 1948 à 1958, UM NYOBÈ n’a cessé de revendiquer la réunification et l’indépendance du Cameroun. Malgré les blocages des autorités coloniales françaises qui empêchaient qu’il obtienne un visa auprès de l’ambassade des États-Unis, il réussira à aller faire un discours anticolonialiste à l’ ONU respectivement en décembre 1952 et décembre 1953. Alors la France décide de se débarrasser de lui.

En 1955, Paris envoie le Haut- commissaire Rolland PRÉ éradiquer le parti indépendantiste camerounais. Le 13 juillet 1955, l’UPC est déclarée illégale et toutes ses activités interdites au Cameroun. Poussé à la précarité et à la clandestinité, Ruben UM NYOBE se replie avec son équipe dans la forêt. La France dépêche alors un nouveau Haut-commissaire, Pierre MESMER, expert en répression maxi-brutale. UM NYOBE est localisé par le capitaine AGOSTINI, officier des renseignements français et Georges CONNAN, inspecteur de la Sûreté. La patrouille de l’armée française dénommée BTC1 investit la forêt de Boumyebel. Le 13 septembre 1958, âgé de 45 ans, UM NYOBE est arrosé de balles alors qu’il ne détenait aucune arme. c’était près de son village natal, Boumnyebel, dans le département du Nyong-et-Kéllé dans une zone occupée par l’ethnie Bassa dont il était par ailleurs natif. Après l’avoir tué, les militaires traînèrent son cadavre dans la boue, jusqu’au village Liyong. Cela le défigura, sa peau, sa tête et son visage étant profondément déchirés. En travestissant à ce point sa dépouille, la force coloniale voulut « détruire l’individualité de son corps et le ramener à la masse informe et méconnaissable », affirme J.-A. Mbembe. C’est dans le même esprit, poursuit-il, qu’« on ne lui accorda qu’une tombe anonyme ». Aucune épitaphe, aucun signalement particulier n’y furent inscrits. Les autorités coloniales le firent enterrer sans cérémonie, coulé dans un bloc massif de béton.
Pour Charles Okala, ancien ministre et leader politique, qui s´est confié à Abel Eyinga trois années après la mort de Um Nyobè, « la décision de procéder à l’élimination physique de Ruben Um Nyobè avait été prise [en la présence de M. Okala] dans la ville de Batschenga, au cours d´une réunion à trois, Ahmadou Ahidjo, Moussa Yaya Sarkifada et lui, Charles Okala. » Son cadavre traîné dans la boue, est déchiqueté, exhibé dans sa région natale , profané, avant d’être coulé sous le béton, sans épitaphe, dans un cimetière de broussailles à Éséka ( là où se produisent la plupart d’accidents mortels ).

Après la mort du leader, la France élimine aussi tous les indépendantistes du Cameroun susceptibles de poursuivre le combat, même étant en exil. Félix MOUMIÉ est assassiné en 1960 à Genève par les services secrets français. Au Cameroun, l’armée française rase des villages entiers au napalm. Les milices sanguinaires sont créées pour torturer et tuer tous les Camerounais soupçonnés de revendiquer l’indépendance. Selon une note de l’ambassade du Royaume-Uni publiée en 1964, l’armée française a assassiné 76000 Camerounais. Mais selon le journal français LE MONDE qui a consulté quelques archives, l’armée française a assassiné plus de 120 Camerounais.

 

En 1970, le livre de MONGO BETI intitulé ” MAIN BASSE SUR LE CAMEROUN “, qui relate les crimes commis par la France contre les indépendantistes camerounais , a été interdit par le Président français POMPIDOU. Comme AHIDJO qui refusait de parler d’UM NYOBÉ, Paul BIYA, formé à l’école de la France d’ Outre- Mer et imposé comme successeur d’AHIDJO par la France, refuse qu’UM NYOBÉ figure dans les livres d’histoire du Cameroun. Jamais il n’est allé s’incliner devant la tombe perdue dans les broussailles de celui qui est l’artisan de l’indépendance . C’est maintenant lui, Paul BIYA , protecteur des statues coloniales françaises, qui se proclame 《 père de la nation camerounaise 》.

J. REMY NGONO

Seneleaks