Qui a tué Fallou Sène? Option pour la dissimulation? Par Cheikh Dieng

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Comme annoncé, le Procureur a mené une enquête dont les conclusions n’ont pas été rendues publiques pour édifier l’opinion sur les véritables circonstances du drame qui a abouti à la mort de l’étudiant Fallou Sène. Le Président de la République a pris des mesures administratives limogeant le Recteur de l’UGB et le Directeur du CROUS.
Il reste constant que la mort de Fallou Sène est consécutive à un mouvement d’humeur des étudiants qui voulaientt utiliser à juste titre, le GUENTEE TOUBAB comme moyen de pression face aux retards récurrents de paiement des bourses d’ étude. Cette volonté s’est heurtée au refus du recteur qui a fait appel à la gendarmerie pour réprimer les étudiants.
Les faits constants demeurent donc i) le retard du paiement des bourses qui est l’élément déclencheur et ii) l’utilisation des balles réelles dans l’espace du campus pour réprimer les étudiants. C’est à l’aune de cette analyse que la chaine de responsabilités doit être établie pour la prise de sanctions.
Qui est (ou sont) responsable(s) du retard de paiement des bourses ?
Qui est (sont) responsable(s) de l’usage de balles réelles ayant abouti au meurtre de l’étudiant Fallou Sène ?
Oui, le Recteur de l’UGB a violé la procédure des franchises pour faire appel aux forces de l’ordre dans l’espace du campus universitaire et doit être sanctionné à ce titre;
Oui, le Directeur du CROUS a manqué de jugement en refusant à des étudiants affamés le « Guentee Toubab » habituel malgré le retard de paiement des bourses,pour économiser quelques 3 millions de son budget et doit être sanctionné à ce titre;
Mais nous voyons bien que ces sanctions ne règlent pas les 2 questions fondamentales relatives aux responsabilités pour le retard de paiement des bourses et l’usage de balles réelles pour réprimer une manifestation d’étudiants.
Pour la première question, la responsabilité des Ministres de l’Economie et des Finances, du Budget et de l’Enseignement supérieur sont indubitables. Quel est le niveau de resosabilité de l’un et de l’autre? Voilà la question principale que l’enquête doit résoudre.
Pour la seconde question, il faut rappeler que le maintien de l’ordre obéit à des règles de procédures qui excluent l’usage de balles réelles sauf autorisation expresse du Chef de l’Etat. L’enquête à ce niveau doit édifier l’opinion sur l’identité de l’autorité qui a donné l’ordre de tirer à balle réelle. S’agit-il du Président Macky Sall qui est la seule autorité habilitée, du Ministre des Forces armées, du Commandant de brigade de la gendarmerie de Saint Louis, ou alors, le gendarme tueur a-t-il tiré et tué de son propre chef en arguant fallacieusement par la suite « du danger de mort imminent » comme a voulu le faire croire le commandant de brigade de gendarmerie en parlant de “3.000 étudiants qui auraient encerclé un détachement de 30 gendarmes à 8h du matin” ? Cette sortie est maladroite et manifestement fausse.
Qui cherche-t-il à protéger ?
Qui l’a mandaté pour cette com qui discrédite la gendarmerie?
A défaut d’avoir pris les mesures conservatoires dès les premières heures du drame, l’annonce tardive des mesures de limogeage de lampistes décidées par le Chef de l’Etat ne peuvent manquer de jeter le trouble dans notre esprit. Voudrait-il brouiller les pistes qui mènent vers les véritables auteurs et responsables du crime de Fallou Sène qu’il ne s’y prendrait pas autrement.
Cette suspicion légitime, ainsi que l’état de défiance générale des citoyens vis-à-vis de notre justice renforcent la revendication du SAES pour une commission d’enquête indépendante. Cette commission qui pourrait être présidée par le Procureur de Saint Louis comprendrait en outre à minima, un représentant du SAES, un représentant des étudiants de l’UGB, un représentant des associations de défense des droits de l’homme et un avocat désigné par la famille de la victime. Le Gouvernement ne peut refuser cette commission indépendante au nom de l’exigence de transparence. Rappelons que nous sommes face à un cas de meurtre d’un étudiant dans l’enceinte universitaire. Les circonstances requièrent une transparence absolue pour rétablir le lien de confiance rompu avec la communauté universitaire, pour que plus jamais, après Balla Gaye, Bassirou Faye et Fallou Sène, un autre étudiant ne soit assassiné par les forces de l’ordre.
Si l’ordre de tirer pour tuer n’émane pas du Président Macky Sall lui même, il optera pour la transparence. Sinon le peuple devra en tirer toutes les conséquences.
#kebetu #ugb #fallousene #senegal
Dr Cheikh Dieng
Maire Djida Thiaroye Kao