Solutions et Perspectives sur l’utilisation incontrôlée des Pesticides au Sénégal pour une réduction des risques d’exposition des opérateurs et des consommateurs locaux

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Dans le monde entier, la lutte chimique au moyen de pesticides reste le moyen le plus utilisé  pour  protéger  les  cultures,  les  semences  et  les  denrées  stockées  contre  les phytoparasites. La lutte chimique permet de limiter les pertes des cultures en protégeant les végétaux  des  organismes  nuisibles,  en  réduisant  les  attaques  des  ravageurs,  en  limitant  la concurrence des plantes adventices et en assurant la conservation des denrées stockées.

On peut définir un pesticide comme une substance ou une préparation utilisée pour lutter contre  des  êtres  vivants  nuisibles  à  l’homme  de  façon  directe  ou  indirecte.  Selon  la nature  des  nuisibles  auxquels  ils  sont  destinés,  les  pesticides  sont  appelés  insecticides, acaricides, nématicides, fongicides, rodenticides ou herbicides.

Ces dernières années, le marché mondial des pesticides s’est élevé  à plus de 30 milliards de dollars US par an, la part des pays en développement dans le marché mondial représentant  3  milliards  de  dollars  US.  L’utilisation  des  pesticides  suscite  de  nombreuses controverses en raison des risques qu’ils peuvent occasionner à l’environnement et à la santé des individus.

Pour  lutter  contre  les  effets  néfastes  occasionnés  à  l’environnement,  depuis  une vingtaine d’année, les organismes responsables de la recherche agronomique de la plupart des pays  préconisent  le  recours  à  la  lutte  intégrée.  Celle-ci  consiste  à  combiner  un  emploi judicieux  des  pesticides,  permettant  de  limiter  les  effets  néfastes  et  non  désirés  de  ces substances, avec le recours aux moyens de la lutte culturale, des ressources génétiques et de l’usage de la lutte biologique contre les ravageurs.

En ce qui concerne la santé des individus, les études toxicologiques montrent que l’emploi des pesticides comporte des risques de nocivité pour les manipulateurs chargés de leur  application  et,  par  la  suite  de  leur  persistance  sous  forme  de  résidus,  pour  les consommateurs des produits végétaux traités. Partout dans le monde, des cas d’intoxications aiguës ainsi que des effets chroniques dus à l’absorption répétée de faibles quantités dans le temps sont observés. Même si l’apparition des symptômes se fait tardivement, des études ont montré que les produits phytosanitaires sont à l’origine de certaines pathologies comme les troubles  neurologiques,  des  leucémies et des  troubles  de reproduction.

Dans  les  différents  pays  de  l’Union  Européenne,  des  mesures  de  protection harmonisées sont en vigueur et la vente d’un pesticide doit être autorisée par des organismes officiels.  C’est  dans  ce  contexte  que  sont  élaborées  des  législations  concernant l’homologation des pesticides qui visent à assurer que la mise sur le marché d’une préparation contenant une ou plusieurs substances actives ne présente pas de risques inacceptables pour l’applicateur,  le  consommateur  et  l’environnement.  Ainsi,  avant  d’autoriser  l’emploi  d’un nouveau  produit,  des  études  complètes  sont  exigées,  comportant  notamment  un  dossier toxicologique  et  l’évaluation  du  risque  lié  à  l’exposition.  En  complément  aux  études toxicologiques, dont la réalisation est complexe et le coût très élevé, les experts scientifiques européens  ont  mis  au  point  des  modèles  de  calcul  permettant  une  estimation  rapide  de l’exposition.

Une telle approche n’a pas encore été développée dans les pays en développement, alors que, dans ces pays, l’utilisation de pesticides engendre les risques les plus importants à la fois pour la santé humaine et pour l’environnement. C’est ainsi que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) dénombre chaque année 3 millions de cas d’empoisonnement par les pesticides  et  20  000  décès  non  intentionnels,  se  situant  principalement  dans  les  pays  en développement. De manière synthétique, on peut signaler que les pays en  développement  utilisent  20  %  des  pesticides  mais  totalisent  99  %  des  cas d’empoisonnement.

Le  Sénégal  peut  être  considéré  comme  un  exemple  des  pays  du  Sahel  où  les pratiques phytosanitaires sont quasi identiques. Le Sénégal joue également un rôle important dans les transactions de produits chimiques du fait de son ouverture à l’Océan Atlantique. Des quantités  importantes  de  pesticides  y  sont  utilisées,  surtout  en  maraîchage  et  en  culture cotonnière. Les quantités utilisées sont estimées à 1 336 560 litres de liquides et 598 tonnes de solides. Plus de 500 cas d’intoxication sont répertoriés.  Des  enquêtes  ont  montré  que  les  applicateurs  travaillent  souvent  sans  aucune protection, ce qui les expose particulièrement vis-à-vis des produits qu’ils utilisent.

On constate l’apparition de beaucoup de maladies physiologiques au niveau de la population locale qui étaient jusque là méconnues il y a quelques années. Les petits producteurs de fruits et légumes manquent une formation rigoureuse sur la maitrise des produits chimiques et 80% parmi eux sont des analphabètes. Ceci accentue l’apparition du taux de résidus chimiques dans le panier de la ménagère. Ces derniers ne maitrisent pas souvent la dose exacte du produit à utiliser, ne respectent pas la date avant récolte et le choix des matières actives. Des organismes avec des gens compétents doivent assurer le contrôle de ces résidus chimiques dans nos produits agricoles locaux avant la mise en vente. Ce manquement fait que les sénégalais, en cas de dépassement de limites maximales de résidus (LMR) autorisées dans les fruits et légumes, ingèrent de petites quantités de produits qui à long terme leur créent des problèmes de santé publique.

L’état doit mettre en place des mesures d’accompagnement et de maitrise pour pallier à ce phénomène qui continue de causer des morts lentes et silencieuses. Les petits producteurs doivent être formés sur l’usage sécurisé des pesticides afin d’assurer une production agricole saine dans le strict respect aussi des normes environnementales.

L’état doit aussi mettre l’accent sur les barrières douanières pour un contrôle rigoureux des produits chimiques qui entrent dans le pays. Ces produits doivent être autorisés et homologués. Les catégories de danger doivent être aussi contrôlées mettant l’accent sur les produits moins toxiques car les producteurs ne sont pas souvent dotés d’équipements de protection individuelle (EPI) convenables lors des applications phytosanitaires.

Si nous arrivons à maitriser ces paramètres, nous maitriserons en même temps les problèmes de santé publique tels que le cancer, l’infertilité, l’impuissance sexuelle etc. et le Sénégal fera un grand pas dans l’optique d’une utilisation raisonnée des pesticides.

André Bernard
Ph.D. Programs in Plant Pathology
Expert Formateur en Usage Sécurisé des Pesticides
Auditeur Interne Food Quality