Réponse sur le dessert des tirailleurs de Macky Sall par Khadim Ndiaye

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CE SENTIMENT D’ÊTRE DIFFÉRENT

Quelques jours après la sortie du président Macky Sall sur le fameux “dessert” offert aux Sénégalais en guise de faveur par rapport aux autres Africains, il n’y a, à ma connaissance, aucune sortie pour une mise au point de la part d’intellectuels qui étaient avec lui dans la salle. Pourtant, il n’en manquait pas. Un d’entre eux présent ce jour-là, avait même brillamment répondu à Sarkozy lors du fameux “Discours de Dakar”.

La question de la cohérence de l’intellectuel mérite d’être posée. Parce qu’on a été convié par le président, on ne répond pas à ses propos fallacieux afin d’éclairer l’opinion. On se hâte de répondre au président français Sarkozy mais on garde le silence face au président sénégalais. Étrange attitude!

Chez nous, l’homme politique au pouvoir semble avoir tous les droits, même celui de distordre la vérité.

Pourtant, même le porte-parole du gouvernement sénégalais, M. Seydou Gueye, face au tollé, avait laissé entendre que le président avait pu commettre une faute : “Il se peut qu’il ait fait une erreur, je dis bien qu’il se peut, si ça peut vous faire plaisir”, même si par la suite, le porte-parole a semblé se contredire : “…Parce que pour s’excuser, il faut d’abord qu’il ait fauté.”

Dans les propos du président il y a plusieurs fautes. Outre le fait de louer les prétendus bienfaits de la colonisation, il a insisté sur la différence de traitement entre Sénégalais et autres Africains : “nos tirailleurs avaient droit à un dessert, pendant que d’autres africains n’en avaient pas”.

Cette affirmation qui divise les Africains va même à l’encontre de la Constitution du Sénégal qui insiste dans son préambule sur l’attachement à l’idéal de l’unité africaine.

Sur le terrain militaire, il n’y avait aucune faveur. Déjà, la constitution du corps des tirailleurs partait d’un sentiment raciste différentialiste : “Ils sont braves comme presque tous les noirs parce qu’ils n’apprécient guère le danger et ont le système nerveux très peu développé”, disait Faidherbe. Le général Mangin, le théoricien de l’utilisation de la force des noirs affirmait que “le système nerveux des noirs est beaucoup moins développé que celui du blanc. Tous les chirurgiens ont remarqué l’impassibilité du noir sous le bistouri. Il est certain que nos noirs peuvent figurer sur n’importe quel champ de bataille.”

C’est connu, les tirailleurs étaient utilisés comme chair à canon sur les champs de bataille : “Si une mission de sacrifice s’impose, défense sans esprit de recul, pour procurer le temps nécessaire à un regroupement des forces, il pourra encore être fait appel à la vaillance du combattant noir”, donnait-on comme instruction à l’époque.

Des généraux comme Faidherbe fondaient leur argumentaire sur la différence de “races”, le président Macky Sall fonde son argumentaire sur la différence de traitement alimentaire. Le président fait du dessert le moteur de l’histoire.

Ce sentiment d’être différent que nous sortent nos élites doit être questionné.

Le président Senghor se vantait que le Sénégal fut français avant la Corse. Le député Blaise Diagne, parce qu’on accordait la qualité d’électeur aux ORIGINAIRES (habitants des Quatre Communes) de la colonie au même titre que les habitants de la métropole, disait que “nous, Africains de France, nous avons choisi de rester français, puisque la France nous a donné la liberté et qu’elle nous accepte sans réserves comme citoyens égaux.”

Pendant que la majorité de la population, ceux qu’on appelait les INDIGÈNES, était quotidiennement humiliée et vivait sous les affres du Code de l’indigénat, certains se vantaient de faire partie des “ÉVOLUÉS” parce qu’ils habitaient à Gorée, Saint-Louis, Rufisque ou Dakar.

Le Code de l’indigénat appliqué aux autres Sénégalais, autorisait tous les écarts de conduite de la part des colons. L’universitaire Amady Aly Dieng a raconté comment Ibrahima Diop, un ami à son père avait été giflé par un colon sous le prétexte qu’il ne l’avait pas salué à son passage, comme c’était de coutume pour les indigènes.

Avant-hier, le journaliste Golbert Diagne, dans une entrevue avec BBC, a mis de l’avant les faveurs qui auraient été faits aux Saint-Louisiens. Reconnaissant, il affirme que s’il avait ses jambes de 30 ans, il embrasserait la statue de Faidherbe tous les jours.

Il n’est donc pas étonnant que mis à part Rufisque (pour l’instant), que des problèmes nous viennent des Quatre Communes : Gorée avec sa “Place de l’Europe”, Saint-Louis avec la statue de Faidherbe, Dakar avec les bourdes répétitives d’un président et de ses noms de rues en hommage à des coloniaux même parmi les pires.

“C’est le triomphe définitif d’un système de domination quand les dominés se mettent à chanter ses vertus”, nous rappelait l’écrivain kenyan, Ngugi Wa Thiong’o.

Le procès de la colonisation n’a pas été vraiment fait officiellement. Pourtant cela seul nous permettra d’apprendre de nos errements passés et d’avancer sereinement.

Photo ci-dessous : Le Palais à Dakar avait son propriétaire avant nos présidents. La transition s’est effectuée sans un questionnement véritable. Ici, on attendait l’arrivée du gouverneur français. L’attitude des Spahis est la même.

 

Khadim Ndiaye