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Le livre qui fait trembler le président sud-africain

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En Afrique du Sud, le livre Les Gardiens du président connaît un vif succès. Il explique notamment comment le président, Jacob Zuma, aurait échappé à l’impôt et protégé des criminels. Les services secrets ont tenté d’interdire l’ouvrage.

Les menaces de l’Agence de sécurité d’État sud-africaine (SSA), qui a demandé son retrait des rayonnages cinq jours après sa sortie, le 29 octobre, n’y sont sans doute pas pour rien. “L’Agence affirme que le livre contient des informations qui s’inscrivent en violation de la loi sur le secret”, explique le journal Business Day. Les services fiscaux ont également accusé l’ouvrage de divulguer des informations confidentielles sur certains contribuables.

 Un contrôle de routine, une découverte surprenante

De fait, Les Gardiens du président détaille la manière dont Jacob Zuma a échappé à l’impôt durant une bonne partie de son premier mandat.

En 2010, moins d’un an après le début du mandat de Jacob Zuma élu en 2009, un fonctionnaire des services fiscaux fait une découverte surprenante en épluchant les comptes d’une compagnie de sécurité – Royal Security – lors d’un contrôle de routine.

Il semble que l’un des employés de cette société se trouve dans une situation irrégulière vis-à-vis du fisc : cet homme “était rémunéré à hauteur de 1 million de rands (61 000 euros) par mois”. Après quelques recherches, l’identité du contrevenant ne fait plus aucun doute : JG Zuma, employé par Royal Security, n’était autre que Jacob Gedleyihlekisa Zuma, le quatrième président de l’Afrique du Sud démocratique.”

Cette situation “malhonnête, illégale et inconstitutionnelle” aurait pu, selon Jacques Pauw, largement entraîner la destitution du président, qui, début 2015, n’avait d’ailleurs toujours pas rendu une déclaration d’impôts conforme.

Pour éviter une enquête à grande échelle qui lui aurait coûté son poste, il ne restait plus au président qu’à “nommer son ami Tom Moyane en tant que commissaire des services des impôts”. Ce dernier s’est arrangé pour que personne dans son administration ne cause de soucis à Jacob Zuma et à son entourage, raconte Jacques Pauw dans l’extrait cité par le Times Live.

En 2015, Tom Moyane aurait notamment reçu l’odre d’y “aller doucement” dans une enquête visant Mark Roy Lifman, un “homme d’affaires gangster” aux activités protéiformes, qui cumulera à un moment une dette de plus de 23,6 millions d’euros (388 millions de rands) à l’égard des services fiscaux. Dans les extraits du livre cités par le Daily Maverick, Jacques Pauw rappelle que ce même Lifman a été photographié, en 2014, dans le carré VIP d’une fête donnée pour l’anniversaire de Jacob Zuma.

Finalement, malgré la mise en place d’une mission interministérielle, confirmant que “l’individu est au cœur d’activités criminelles incluant […] l’intimidation, la corruption, la contrebande de cigarettes, le trafic de drogue, la pédophilie et le blanchiment d’argent”, le sulfureux personnage ne sera jamais vraiment inquiété.

Liens entre Dlamini-Zuma et un trafiquant de cigarettes

Le livre montre de manière édifiante “qu’une certaine haine de la justice et de l’intégrité est nécessaire pour évoluer dans le cercle de Zuma. […] Les hommes et les femmes honnêtes dans ce gouvernement n’ont pas vraiment réussi”, constate l’écrivain Imraan Coovadia sur le site The Johannesburg Review of books.

Les Gardiens du président évoque également les liens troubles entretenus par Nkosazana Dlamini-Zuma – ex-femme de Jacob Zuma et candidate à sa succession lors du congrès en décembre du parti au pouvoir, l’ANC (Congrès national africain) – avec un trafiquant de cigarettes, soupçonné de financer sa campagne politique.

Mais “l’histoire la plus triste” n’est sans doute pas celle de ces “pots-de-vin” qui risquent “d’acheter le bureau de Dlamini-Zuma”, rappelle Imraan Coovadia. “L’histoire la plus triste est que, sans un changement drastique, l’État, en charge du bien-être de 55 millions de personnes, ne pourra bientôt presque plus fournir” aucun service de base à ses enfants, en raison de la corruption au plus haut niveau de l’État.

Liza Fabbian C.I.