Kinshasa expulse le chef de mission de l’UE en RD Congo

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Kinshasa a annoncé, jeudi, l’expulsion imminente de l’ambassadeur de l’UE en République démocratique du Congo. Cette décision intervient à trois jours des élections, tandis qu’une partie de l’opposition a lancé un appel à la grève générale vendredi.

Le représentant de l’Union européenne en République démocratique du Congo, Bart Ouvry, a 48 heures pour faire ses valises. C’est ce qu’a annoncé jeudi 27 décembre le ministre des Affaires étrangères congolais, Leonard She Okitundu.

Cette expulsion « sanctionne d’une part le comportement répréhensible de l’intéressé et d’autre part s’inscrit dans le cadre de la réciprocité », a expliqué le chef de la diplomatie congolaise.

Il s’agit officiellement d’une mesure de rétorsion de Kinshasa après le prolongement, le 10 décembre dernier, des sanctions européennes visant 14 officiels congolais dont le candidat du pouvoir à l’élection présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary.

Selon des sources diplomatiques citées par l’envoyée spéciale de RFI en RD Congo, cette expulsion traduit aussi l’irritation des autorités congolaises face aux critiques de l’ambassadeur de l’UE au sujet de l’organisation de l’élection présidentielle.

L’UE a aussitôt réagi en déplorant cette expulsion, la jugeant « totalement injustifiée », selon un porte-parole de l’UE à Bruxelles. « A la veille d’élections très difficiles en RDC, une telle décision ne peut être considérée que comme contre-productive », a-t-il dit.

Journée « ville morte » en RD Congo

En politique intérieure, la coalition autour du candidat d’opposition Martin Fayulu a appelé à une journée « ville morte » dans toute la RD Congo pour protester contre le report partiel des élections qui concerne plus d’un million d’électeurs sur les 40 millions au total, principalement dans le Nord-Kivu à Beni et Butembo.

La commission en charge des élections (Céni) a reporté mercredi au mois de mars les élections dans la région de Beni-Butembo et à Yumbi. Raison invoquée : l’épidémie d’Ebola et les tueries de civils à Beni et Butembo, et de récents massacres communautaires à Yumbi.

« La décision de la commission électorale est inconstitutionnelle », a déclaré un spécialiste du droit constitutionnel congolais consulté par l’AFP. « Elle prive une partie de l’électorat de son droit constitutionnel d’élire les dirigeants de leur choix », ajoute-t-il.

Des élections reportées pour la troisième fois

Cette décision a déclenché des manifestations de colère dans plusieurs villes. La police a tiré et envoyé des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants à Beni, qui protestaient contre le report du vote, a constaté un correspondant de l’AFP. Au moins six personnes ont été arrêtées à Goma où des barricades ont été dressées en plusieurs points du chef-lieu provincial du Nord-Kivu, selon une autre équipe de l’AFP.

Les élections présidentielle, législatives et provinciales prévues dimanche doivent entre autres désigner le successeur du président Kabila qui ne peut pas se représenter d’après la Constitution.

Ces élections ont été trois fois reportées depuis la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président Kabila : de décembre 2016 à décembre 2017, de décembre 2017 au 23 décembre 2018, puis du 23 au 30 décembre.

www.france24.com avec AFP