Home TECHNOLOGIE INTERNET Facebook est-il devenu incontrôlable ?

Facebook est-il devenu incontrôlable ?

0

Fake news, soupçons de manipulations, dérapages… Le vent tourne pour Facebook qui devra s’expliquer devant le Congrès américain le 1er novembre, comme Google et Twitter, sur les ingérences russes dans l’élection de Donald Trump. Le réseau serait-il en train d’échapper à son créateur, Mark Zuckerberg ? Pas seulement, écrit le New York Magazine : plus grand qu’un continent, plus fort qu’une église, le géant du web défie notre compréhension.

  À peine rentré de son congé paternité, Mark Zuckerberg avait envie de parler de Facebook, de la démocratie, des élections et de ce que sa créature devait au monde en contrepartie de son hégémonie

Quelques semaines auparavant, début septembre, le responsable de la sécurité de l’entreprise avait reconnu que cette dernière avait vendu pour 100 000 dollars d’espaces publicitaires à une armée de trolls liés au gouvernement russe et chargés d’interférer dans l’élection américaine [de 2016].

Le 21 septembre, dans une déclaration diffusée en direct sur Facebook puis publiée sur sa page de profil, Zuckerberg s’est engagé à muscler les équipes chargées de veiller à la sécurité et à l’intégrité des élections et a promis de “renforcer le processus démocratique de manière proactive”.

Pour ce faire, il a présenté des mesures visant à “rendre les publicités politiques plus transparentes”. Facebook exigera bientôt qu’elles indiquent “quelle page” les a financées (du genre “Je suis Epic Fail Memes, et j’approuve ce message”), et que les pubs d’un annonceur donné soient accessibles à tout le monde – mettant ainsi un terme à la pratique du “dark advertising”, qui permet de poster des messages qui seront visibles uniquement par une catégorie d’utilisateurs.

Dans sa déclaration, Zuckerberg compare cette évolution à celle de médias comme la radio et la télévision, aujourd’hui tenues d’indiquer qui finance les publicités politiques diffusées sur leurs antennes. “Nous allons placer la barre encore plus haut en termes de transparence”, assure-t-il.

Une promesse qui, à certains égards, prend le contre-pied d’une annonce faite un plus tôt le même jour, lors de la présentation de nouveaux outils marketing : Facebook propose aux marques de cibler les utilisateurs de sa plateforme ayant fait un tour dans leur magasin. La vague de publicités pour chaussures qui vous submerge pendant des semaines après que vous avez visité [le site de vente en ligne spécialisé] Zappos.com pourrait désormais également être déclenchée par votre passage dans une “vraie” boutique de chaussures (j’espère que vous aimez les pubs pour chaussures).

Un langage digne d’une ONG

D’un côté, les nouveaux services “offline” du site promettent de faire basculer un peu plus le monde réel sous la coupe du vaste réseau de surveillance de Facebook, de l’autre Zuckerberg assure aux internautes inquiets que sa plateforme respectera les règles établies de la vie politique dans le monde réel.

L’intention est louable. Mais alors que je poursuis ma lecture, je m’arrête sur une phrase : “Nous avons veillé à garantir l’intégrité des élections allemandes ce week-end”, écrit Zuckerberg. Voilà qui est rassurant, cela montre que Zuckerberg et Facebook tiennent à restaurer la confiance dans leur système.

Sauf que ce n’est pas le genre de discours qu’on attend d’un média, même puissant. Ce sont normalement les gouvernements, les partis politiques ou les ONG qui tiennent ce langage. Pourquoi diable une entreprise privée déciderait-elle unilatéralement de garantir l’intégrité d’une élection dans un pays où elle n’a même pas son siège social ?

Une seconde sur cinq passée sur Internet est consacrée à Facebook

Qu’est-ce que Facebook ? On peut parler d’ordre de grandeur : en termes de population, le réseau social pèse plus que n’importe quel pays. Il est même plus grand que n’importe quel continent, excepté l’Asie. Fort de 2 milliards de membres, le groupe des “utilisateurs actifs par mois” représente, après les chrétiens, le plus grand rassemblement du monde d’êtres humains ethniquement hétérogènes. Et leur nombre augmente d’environ 17 % chaque année.

Ces utilisateurs pourraient être plus nombreux que les chrétiens d’ici à la fin de l’année, et ils pourraient représenter un tiers de la population mondiale dans un an. En…

Fiche d’identité

• P-DG et cofondateur (en 2004) : Mark Zuckerberg, 33 ans, 5e personne la plus riche du monde selon le classement 2017 du magazine Forbes, avec une fortune estimée à 56 milliards de dollars.

• Directrice des opérations et numéro 2 du groupe : Sheryl Sandberg, 48 ans.

• Effectif : 20 658 employés au 30 juin 2017.

• Bénéfice net : 10,2 milliards de dollars en 2016, pour un chiffre d’affaires de 27,6 milliards de dollars.

• Valeur en Bourse : environ 500 milliards de dollars.

• Utilisateurs actifs du site : 1,32 milliard en moyenne par jour, et 2,01 milliards par mois (juin 2017).

• Principales filiales : l’application de partage de photos Instagram (achetée en 2012), la messagerie instantanée WhatsApp et la société spécialisée dans la réalité virtuelle Oculus VR (2014), l’application mobile TBH, très populaire auprès des adolescents américains (2017).

NYMAG

Seneleaks