Le co-funding : une autre voie possible pour le développement de l’Afrique

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Harold Zimé est un expert de la finance et plus particulièrement du risque marché. Il est depuis 2014 à la tête de Hoolders, 1re plateforme de co-funding en France. © Hooldelrs

Après le crowdfunding, voici venir le co-funding, une solution pour associer particuliers et professionnels dans les projets les plus innovants promet cet expert de la finance.

Alors que les levées de fonds des startups ont connu une baisse de 30 % au niveau mondial, les pépites africaines ont attiré 163 millions d’euros en 2015. Un record qui souligne combien le futur de l’innovation réside incontestablement sur le continent africain. Pour accompagner cette émergence sur la scène internationale, le co-funding, dernier né du financement participatif, peut constituer une voie crédible grâce à la révolution numérique et une plus forte implication de la diaspora.

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Signe des temps, au dernier « Seedstars World », une compétition internationale de startups réunissant les pépites les plus prometteuses de 36 pays, la scène tech africaine s’est taillé la part du lion en raflant deux des trois prix en jeu. Plébiscitées par le public et les experts de l’innovation, la startup kényane OkHi qui propose une application smartphone gratuite fournissant une adresse physique à ceux qui en sont dépourvus et sa consœur nigériane Green Energy avec son carburant produit à partir des déchets, ont démontré toute la pertinence de leur offre et de leur modèle économique. Un résultat qui n’a pas étonné les observateurs économiques qui ont clairement identifié le continent comme l’une des principales sources d’innovation et de croissance dans les prochaines décennies. Malgré tout, les circuits financiers classiques peinent encore à donner de la voix à ces entrepreneurs talentueux, qui apportent des solutions concrètes et accessibles aux besoins identifiés des populations.

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Hoolders est la 1ère plateforme de co-funding en France. Elle permet aux particuliers d’épargner de manière simple en co-investissant avec elle dès 500€ dans les innovations de demain. © Image courtesy of Shutterstock

Mobiliser les fonds africains

Dans son premier rapport sur les levées de fonds des startups africaines, Disrput Africa souligne combien les pistes de financement sont souvent restreintes en raison d’un manque de structures bancaires et d’une faible implication des acteurs locaux. Les 125 startups suivies – considérées comme innovantes, datant de moins de 5 ans et comptant moins de 20 employés – ont totalisé près de 163 millions d’euros de financements en 2015, apportés principalement par les grands acteurs mondiaux du capital-risque. Les investisseurs africains apparaissent un peu en retrait. Les fonds de la diaspora par exemple (60 milliards de dollars en 2014), sont encore prioritairement destinés à financer les besoins sociaux. Une manne en constante augmentation, qui pourrait alimenter les circuits de financement de l’innovation, pour peu qu’on lui offre des possibilités et des facilités d’investissement au pays, avec la garantie d’un minimum de sécurité générale.

Un co-funding associant investisseurs particuliers et professionnels

Profitant du développement du numérique sur le continent, les fintech pourraient plus facilement rediriger ces capitaux vers ces entreprises pionnières créatrices d’emplois, en  développant le recours au co-funding. Ce mode de financement permet de réunir particuliers et investisseurs professionnels sur les opportunités les plus porteuses du marché et ouvre un univers de placements bien plus rentables et porteurs de sens que les offres traditionnelles, grâce au travail d’experts sectoriels qui étudient et sélectionnent les dossiers. Le moyen aussi de tester l’intérêt réel des futurs utilisateurs pour le produit à financer. Si quelques expériences de financement participatif exclusivement dédiées à des projets africains ont vu le jour ces dernières années, ce mode d’investissement reste encore embryonnaire en Afrique, en raison du manque d’infrastructures adaptées. Cependant, la téléphonie mobile qui propose des solutions simples et abordables à une population jeune, inventive et équipée et a permis le développement de bon nombre de business ses dernières années, pourrait pallier ce déficit et permettre au plus grand nombre de devenir acteur du développement des territoires. Amadou Mathar Ba, ancien directeur marketing de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Sénégal et co-fondateur d’Allafrica.com, imagine ainsi un financement par SMS qui reposerait sur des numéros courts surtaxés, qui permettraient aux investisseurs de transférer leur contribution financière et aux porteurs de projets de se voir reverser la quasi-totalité du tarif chargé pour l’envoi du SMS. Une piste à creuser d’autant que l’Afrique a faim d’innovation et que les besoins sont immenses.

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Après le crowfunding où finalement c’est la foule qui porte le risque, le « co-funding », permet de co-investir avec les particuliers dans les entreprises sélectionnées. © AFP/Issouf Sanogo

 De réelles opportunités d’investissement

En 2050, l’Afrique accueillera un quart de la population de la planète. Les besoins énergétiques y seront toujours grandissants dans les prochaines décennies, et le secteur attire la majorité des fonds, comme le solaire, où une véritable industrie s’est développée. Mais signe d’une bancarisation qui s’accélère au même rythme que la classe moyenne qui augmente, les startups en technologies financières arrivent au second rang du financement avec près du quart des capitaux. Viennent ensuite le e-commerce et la santé. Autre besoin crucial à satisfaire, l’eau est au cœur de toutes les attentions. C’est d’ailleurs une startup nigériane proposant une application mobile permettant aux agriculteurs d’optimiser la gestion de l’irrigation, face aux changements climatiques, qui a été plébiscitée par la foule lors du dernier Forum de la Positive Economy. Autant de belles idées qui appellent une mobilisation des communautés africaines à travers le monde, pour relever le grand défi de l’accès au capital des jeunes pousses et leur donner les moyens de combler les besoins.

Harold Zimé

Harold Zimé, est un expert de la finance et plus particulièrement du risque marché. Il est depuis 2014 à la tête de Hoolders, 1re plateforme de co-funding en France.

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